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« Idéal : à qui on prête toutes les qualités, toutes les perfections, qui est considéré comme parfaitement adapté à son rôle, sa fonction ».
Le Grand Larousse.
Idéale, idéalisée, LA Femme, celle qui se sacrifie, qui reçoit la médaille de la famille, l’infirmière, la dévouée, la pure, la voilée, la petite fille modèle, la top-modèle, la bombe sexuelle, la parfaite assistante, la mère courage, la sœur, la vierge.. Elle est idéale, donc irréelle, Elle est le reflet dans le miroir, l'image retouchée de la couverture du magazine.
Soumise à cette image, elle est louée voire adulée.
Emprisonnées dans des modèles illusoires, dans le désir de l’autre, dépossédées d’elles même, les femmes sont adorées dans leur rôle de subalternes, dans la beauté de leur corps.
Qu'elles s'écartent un tant soit peu de ce reflet idéal, elles passent de l'autre côté du miroir, elles deviennent la salope, le boudin, la mauvaise mère… celle qui déroge à la norme (la sorcière), celle qui sort du cadre, qui « pète les plombs » (l’hystérique), celle qui dit non, qui refuse, celle qui se refuse (la lesbienne)...
Entre ces deux facettes d'un même miroir déformant, comment les femmes peuvent elles affirmer leur singularité, leur volonté, leur désir... ? Quelles résistances à ce processus, aussi ravageur que sournois, sont possibles ?
Comment ne plus être des modèles, mais des êtres dont la pensée, l'art, l'action militante influencent à leur tour la société ?
Certes, les modèles de la maman et de la putain peuvent nous sembler aujourd’hui obsolètes, dénués de sens. Ils sont en effet partiellement tombés en désuétude grâce aux luttes des féministes et aux avancées des femmes. Certaines sociétés ont changé : droit de s’instruire, droit de voter, le droit de travailler sans autorisation de son mari, de recourir à la contraception et à l’avortement, de maîtriser son corps… et son destin.

Mais les vieux schémas ne sont-ils pas toujours actifs, latents, moins ostensibles mais toujours en marche, voire même de retour, au service des religions et sociétés patriarcales… mais aussi au service du marketing, de l’économie et de la publicité ?
Le sexisme du langage et l’hypocrite « masculin neutre » nous structurent. Les contes et les chansons, le cinéma, l’orientation professionnelle, les institutions, les religions ou la psychanalyse… ne rabâchent-ils pas les mêmes schémas sexistes, n’utilisent-ils pas toujours les mêmes clichés ?
Chaque société véhicule le modèle de femme idéale dont elle a besoin pour fonctionner, pour faire régner l’ordre, développer une idéologie ou faire fructifier des profits.
Ici c’est l’économie qui mène la barque. La nouvelle super-woman des sociétés capitalistes, belle, active, mère de famille, mince et toujours jeune est décidément bien utile : modèle inaccessible, qui engendre la création sans cesse renouvelée de faux besoins, faisant douter les femmes « ordinaires » de leur réussite, de leur place et les poussant à l’achat compulsif. Tandis que la nouvelle putain sur papier glacé autorise tous les fantasmes de ces messieurs, invités à les sublimer dans l’acte de consommation rédemptrice. L’ancienne putain (dé)couverte de satin est en effet devenue la sex-symbol (dé)couverte de latex… Le « progrès » de nos sociétés veut qu’elle sorte de la pénombre étouffante des maisons closes pour s’afficher au grand jour sur tous les panneaux publicitaires de nos villes, et participer ainsi plus activement à la rentabilité de nos économies.
Et si les unes se découvrent ici, les autres se couvrent ailleurs… Un tissu toujours plus épais et plus sombre les transforme en silhouettes fantomatiques rasant des murs délabrés… au bénéfice de qui ? Quel idéal de pureté tout aussi inaccessible servent ces femmes ? Dans tous les cas, à vouloir les idéaliser, elles sont mises de côté. Bien sûr, c’est pour les préserver… préserver la pureté, les nerfs si fragiles, de ce si joli sexe faible que la société doit protéger… protéger de lui-même et de sa propension au vice… et protéger les femmes pour qu’elles restent des femmes. 
Quelle plus grande honte que de perdre son identité de femme, sa si pure et si douce féminité ! Les récents commentaires au sujet de la tortionnaire Lynndie England ne se révoltent pas de son manque d’humanité en tant que tel mais de l’impossibilité que ces actes terribles soient perpétrés par une femme. La violence est concevable, voire valorisante dans certains cas, de la part d'un homme. De la part d'une femme, elle est inimaginable. La femme auteur de violences n’est plus une femme, c’est un monstre. Cet exemple extrême n’est que le reflet des modèles et des clichés dans lesquels les femmes restent enfermées. Vouloir idéaliser pour rendre invisible, infantiliser pour rendre soumise : faire disparaître LES femmes, dans leur singularité et leur diversité…
Il y a pourtant bien longtemps que les femmes résistent et transgressent : elles ont voulu s’instruire, travailler, militer, conduire une voiture ou piloter un avion, porter des pantalons, faire du sport, des films ou de la politique … être ce qu’elles ont envie d’être et l’affirmer. Des femmes réelles, pas des femmes idéales sont mortes dans cette lutte. On peut citer Olympe de Gouges, guillotinée pour avoir défendu la cause des femmes renvoyées à leur foyers peu de temps après la révolution avec interdiction d’assister aux assemblées ou Emily Davisson, suffragiste, qui s’est jetée sur un champ de course en kamikaze sous les sabots du cheval royal pour faire entendre la voix des femmes… toutes ces femmes en résistances ont été ridiculisées, caricaturées, malmenées par les sociétés… Leur accorder le droit de vote risquait de mener les femmes à leur perte et de détruire la famille. Même chanson pour les féministes des années 70 : des hystériques mal baisées, des sorcières, pas des vraies femmes.
Résister ici, résister ailleurs… Les femmes l’ont toujours fait, en affirmant cette singularité et cette diversité qu’on leur nie , au risque de ne plus être considérées comme des femmes. Cette année, le festival cherchera, dans toutes les époques et en tous lieux, à découvrir ces chemins cachés et tortueux qu’il faut emprunter pour tenter d’être soi-même.
Femmes en lutte contre le publisexisme ou les interdits religieux, résistances aux normes de beauté, « pétages de plomb » en tous genres, militantisme radical ou actes de refus quasi insoupçonnables dans la sphère privée… les expressions artistiques (films, photos, livres, etc.) de la résistance à l’idéal féminin sont nombreuses… il suffit de les chercher (ailleurs que dans les circuits de production habituels), de les voir autrement (débarrassées des oripeaux si pratiques de l’a-normalité) … et surtout de ne pas croire que nous n’en sommes plus là (?!)…
…deux pas en avant, trois pas en arrière est le rythme d’avancement de nos sociétés sur la question …. 
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