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En septembre 2003, le Festival « Femmes en résistance » a proposé sa toute première programmation sur le thème « Femmes en résistance à la guerre ».
En septembre 2004, nous avons renouvelé ce rendez-vous avec pour thème : « Femmes en résistance au capitalisme ».
Nous avons interrogé à travers ces deux programmations la place communément attribuée aux femmes dans un monde en état de capitalisme comme dans des pays en état de guerre.
Nous avons montré leurs luttes : luttes contre tous les maux et les souffrances qui découlent de la guerre comme du système capitaliste, luttes en tant que combattantes, luttes contre la guerre ou contre un système qui hiérarchise, exploite et exclu, luttes pour faire émerger un nouveau statut des femmes, luttes pour l’égalité ou la reconnaissance d’un rôle autre que celui imposé par ces « institutions » qui, aux mains du patriarcat, sont autant d’outils pour maintenir l’oppression des femmes. Enfin nous avons montré des alternatives mises en place par des femmes face à des sociétés basées sur des valeurs attribuées au « masculin » ( force, puissance, compétitivité, etc.).
Nous avons parlé de luttes actuelles et proches, mais nous avons aussi voulu mettre en lumière des combats lointains ou anciens du féminisme souvent ignorés ou oubliés parce que trop anciens ou menés sur d’autres continents. Ce sont ces oublis mêmes, ces silences, ces trous de mémoire de l’Histoire dont nous voulons faire le cœur de notre prochaine édition.
La transmission de l’expérience et de l’Histoire féministe ne va pas de soi. 
Chaque édition de notre festival a été l’occasion de débats autant au sein de l’équipe de programmation que dans les échanges avec le public : « Les hommes sont-ils aussi les victimes d’un système qui norme, catégorise, hiérarchise ou bien en sont-ils les premiers bénéficiaires bien décidés à ne pas céder une once de pouvoir ? » « Quel est notre angle de vue ? Qui filme ? À qui voulons-nous donner la parole ? » « Les femmes sont-elles les seules à même d’analyser et donc de combattre ce système d’oppression ? » « Pouvons-nous nous accorder sur notre définition du féminisme ? » « Le devons-nous ? ».
Autant de questions - de vieilles questions - qui nous renvoient à notre héritage quant au féminisme.
En nous retournant sur cet héritage et ses lacunes nous voulons faire émerger une réflexion sur le féminisme aujourd’hui et faire de notre festival un lieu de transmission du féminisme.
Deux axes serviront à structurer une programmation qui questionnera le féminisme aujourd’hui : la transmission (les transmissions) féministe(s) et la solidarité (les solidarités) féministe(s).
« On ne naît pas femme, on le devient » (1). Si nous sommes toutes convaincues de la justesse des propos de Simone de Beauvoir, nous pouvons encore nous interroger sur comment le devient-on et quelle femme devient-on.
Comment devient-on femme ?…On pense tout de suite à la transmission entre femmes de différentes générations, transmission « féminine », de la mère à sa fille, transmission qui n’est pas toujours féministe, loin de là. Certaines grand-mères et mères ne sont-elles pas les meilleures garantes de l’ordre patriarcal établi ? La mère ne transmet-elle pas davantage le rôle de mère et d’épouse, ce statut qui a si souvent freiné l’égalité entre hommes et femmes ? Cette transmission d’une génération à l’autre, transmission de l’expérience peut devenir source de révolte, de prise de conscience du système patriarcal dominant, des injustices et des modèles imposés. Et dans ce cas, devenir femme c’est aussi devenir féministe, en lutte pour établir l’égalité, pour redéfinir les fondements idéologiques et politiques des sociétés.
Puis on pense aux transmissions « féministes », celles des idées et des luttes : des prises de conscience et des combats du quotidien, de l’expérience individuelle aux luttes collectives, politiques. Mais les luttes historiques des femmes en vue de dénoncer le patriarcat et de conquérir leurs droits et les écrits féministes sont rarement cités et peu enseignés.

Nos deux programmations précédentes (Flame, Sisters in resistance - édition 2003 ; Scènes de grève en Vendée, Femmes-machines - édition 2004) ont témoigné de notre volonté de faire connaître des luttes anciennes, méconnues, oubliées, occultées (par qui ? pourquoi ?). Est-ce en raison de notre propension au conflit interne que notre message d’une génération à l’autre se brouille, ou bien la négation de notre mémoire est-elle savamment orchestrée par le système patriarcal : l’un des éléments parmi d’autres du fameux « retour de bâton » ou Backlash (2) des années 90, qui fait que les jeunes femmes aujourd’hui répugnent à endosser le qualificatif même de féministe.
Le second axe par lequel nous prétendons explorer le féminisme aujourd’hui c’est la solidarité. Alors que les sociétés patriarcales se sont imposées sur toute la planète, il semble impossible de penser un féminisme chacune dans son coin.
Quel potentiel de transformation des sociétés pour le féminisme hors d’une solidarité internationale ? Quelle envie avons-nous de nous unir par-delà les clivages idéologiques, sociaux, géographiques ? Comment nous parler entre nous, au-delà des préjugés et des incompréhensions de toutes sortes, au-delà du racisme, de l’âgisme ou de la lesbophobie. Quelle possibilité et quelle nécessité de diffuser nos luttes, de communiquer, d’informer et d’aider les femmes en lutte à travers le monde. Quelles passerelles possibles entre les luttes des unes et celles des autres ? Cette voie ouverte par des films, tels que Camps de femmes (édition 2003) ou Ouvrières du monde (édition 2004) sera encore empruntée. Car c’est certainement dans notre capacité à nous unir au-delà de nos différences que réside l’une des clés du succès.
(1) Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, Edition Gallimard, 1949.
(2) Susan Faludi, Backlash - la guerre froide contre les femmes, Editions des femmes, 1993 .

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