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A toutes les femmes, à leurs larmes,
à leurs corps, à leurs cris.
C'est pour elles que j'écris
car nos vies sont hardcore,
à l'est à l'ouest au sud comme au nord.
Nos luttes sont amères mais t'inkiet on gère !
Si l'homme tire son autorité de la supériorité qu'il s'est attribuée
pour compenser le pouvoir qu'ont les femmes d'enfanter,
leur virilité exacerbée fait pitié.
Ils se sont enfermés dans cette identité, figée.
Ils ont fait régner la loi du plus fort,
nous ont accablées de tous les torts
Après nous avoir érigées en symbole de malignité,
de candeur et de virginité.
Ils nous assigné ce satané rôle de mère au foyer,
cantonnées dans l'espace privé.
Ils nous ont prêté des qualités qu'on a fini par intérioriser comme la plupart des dominés.
Les femmes sont devenues tout aussi dociles et serviles que fragiles,
accaparées à se parer de leurs plus beaux attraits,
réputées pour leur passivité, leur altruisme et leur sensibilité.
Elle ont fini par nier leur personnalité pour obtenir la tranquilité.
Elle ont fini par s'effacer, agacées, lassées d'être sans cesse rabaissées
par les hommes qu'elles aimaient.
Pour autant les ont-il désarmées ? jamais !
On va pas s'apitoyer sur not'sort car le sexe faible reste fort.
Et la femme que je suis n'a jamais pu accepter ces inégalités comme une fatalité. C'est pourquoi j'crache sur les normes de la féminité.
J'prône le retour à l'uniforme
car la mode est un gros bizness
que pour plaire, faut montrer ses formes,
dévoiler le plus possible sans cesse.
Mais les miss, sachez que plus vous en cachez
plus on aura en vie de vous déshabiller,
si tel est votre but inavoué…
Rien de tel que de suggérer.
Pas la peine de s'maquiller, barbouiller
pour s'faire remarquer sans crier.
Je sais, j'dérange, j'déroge aux lois,
j'outrepasse mes droits

Coriace, tenace, j'fracasse les valeurs établies,
renverse les rôles pré-établis.
Dés l'enfance, j'ai toujours préféré le bleu au rose.
La dinette et les poupées, j'en ai eu ma dose !
Dés mon plus jeune âge, j'ai refusé de me déguiser.
Impossible de rester sage, ma langue aiguisée traduisait déjà ma rage.
Les adultes me sommaient de cesser
tant d'insolence dans la bouche d'une petite fille si peu farouche
ça n'pouvait pas passer !
ainsi m'ont-ils infligé quelques punitions.
Mais j'ai comme l'impression que leur répression
n'a fait que renforcer mes convictions !
En grandissant pourtant j'ai déchanté,
dégoutée de constater que je n'pouvais changer le monde seule
que la peur ou l'intérêt entravaient la résistance,
ma souffrance m'enveloppait comme un linceul
et pendant mon adolescence,
guidée par l'besoin d'étouffer mes douleurs,
j'ai consommé trop d'substances qui m'ont mise en transe.
Une couleuvre s'est logée dans mon cœur.
J'suis p'tet un serpent réchauffé dans le sein de cette France,
mais j'suis jamais tombée dans la déchéance !
Et si j'me suis lancée dans l'nezbi (1),
c'était pour financer mon autonomie,
mais aussi pour leur prouver, dans les faits,
qu'une femme pouvait,
les battre à leur propre jeu,
prendre des risques comme eux !
Et si j'ai failli payer le prix de leur jalousie de ma vie, j'm'en suis sortie !
Stoppée par la zon-pri,
j'ai réfléchi et compris
que nous n'avions rien à gagner à vouloir leur ressembler
que nous avions plutôt intérêt à nous rassembler,
si nous voulons sauver l'Humanité des conséquences
de la compétition à outrance
dans une Terre où l'abondance est menacée,
où la qualité de vie s'est dégradée
à cause de l'ordre qu'ils ont fait régner.
Pourtant, j'peux pas m'résigner,
j'essaierai toujours de lutter
de décrocher la lune
pour une cause commune,
même quand la nature déchainée se sera révoltée
qu'y aura plus d'saisons,
plus d'planète Terre
à cause de l'effet d'serre.
voilà ma funèbre oraison !
Alors si on veut pas ksa dégénère,
on sait c'qu'il nous reste à faire !
Pour une nouvelle ère
on n'peut plus se taire !
Audrey, Paris, mars 2003
(1) bizness en verlan

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