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Deuxième table ronde :
Les femmes et l’économie, entre injustice et révolution
Seconde table ronde animée par Anne Labit, avec Catherine Lenzi, sociologue, Agnès Fatoumata Diaroumeye, secrétaire générale de MAPADEV, Marina Galimberti, réalisatrice.
Anne Labit présente le thème de cette deuxième table ronde. Hier, déclare-t-elle, nous sommes arrivées à une remise en cause du travail salarié et du système économique et social dans lequel nous vivons. Y a-t-il des alternatives au système capitaliste ? Nous avons essayé de les présenter en visionnant des exemples de luttes très locales mais également des actions de grande ampleur comme la SEWA en Inde et la révolution bolivarienne au Venezuela.
Est-ce que ce sont véritablement des alternatives au système capitaliste ou simplement des aménagements pour supporter un peu mieux le système et quelle est la place des femmes dans ces alternatives ? Les trois intervenantes invitées sont : Catherine Lenzi, qui est chercheuse et qui travaille sur la place des femmes dans les systèmes d’échanges locaux. Les SEL sont-ils véritablement alternatifs, peuvent-ils être récupérés et quelle est leur place véritable dans le système capitaliste ? Agnès Fatoumata Diaroumeye, dont le militantisme est ancien et international, ses allées et venues entre divers pays lui permettent de donner un point de vue général et approfondi sur le sujet. Enfin, nous attendons la venue de Marina Galimberti qui est la réalisatrice du film « Les water mamas ».

De gauche à droite : Anne Labit, Catherine Lenzi,
Agnès Fatoumata Diaroumeye, Marina Galimberti

Anne Labit souhaite qu’au terme des interventions, un échange avec la salle permette de relater d’autres alternatives ou expériences avec leur bilan positif ou négatif, puis elle donne la parole à Catherine Lenzi.
Catherine Lenzi rappelle qu’elle mène une recherche sur la place des femmes dans les systèmes d’échanges locaux. Les SEL comptent 300 réseaux en France. Ce sont des associations qui regroupent des individus qui échangent des services, des savoirs et des biens, à partir d’une monnaie créée localement qui peut porter un nom symbolique (comme le grain, la goutte de lait, le pigalle, le piaf…). Cette unité d’échange permet de dépasser le troc et de mettre en relation une multiplicité d’offreurs et de demandeurs.
« Echanger sans argent » est la revendication et la spécificité essentielle des SEL.
L’idée n’est pas nouvelle, les SEL sont nés dans les années 1980 au Canada, on en trouve dans tous les pays du monde (250 000 membres dans 2500 associations (1). En France, les SEL ont 10 ans, ils comptent une forte proportion de chômeurs. On constate (2) que le SEL, parce que fondé sur une logique de don et de contre don, permet la création du lien social et favorise ainsi l’intégration de personnes en voie d’exclusion, précarisées, isolées par le système marchand (J-M Servet ; 1999).

Catherine Lenzi
D’autre part, les SEL comptent une majorité de femmes (60% selon l’enquête nationale de 1998). La forte présence des femmes au sein du SEL interroge, mais plus encore le rapport d’égalité hommes / femmes qu’on constate dans les instances de pouvoir. Catherine Lenzi a noté que la dynamique du SEL permet aussi de « valoriser le travail féminin » ou au moins la valorisation d’une participation au groupe. Dans les SEL en général, les femmes sont instruites. On y relève que le temps échangé à côté d’un temps domestique et de proximité est aussi un temps multiforme qui se décompose en différents champs. On y trouvera un temps personnel de bien-être et de développement (massage, yoga, sophrologie, naturopathie, acupuncture, relaxation, méditation…), temps que les adhérent-e-s qualifient de « redécouverte de soi » ; un temps culturel, de transmission de connaissances et de savoirs intellectuels (cours de langue, philosophie, poésie, ateliers d’écriture, arts sous toutes ses formes,…) ; et un temps collectif d’action publique et politique, non pas au sens de faire de la politique, mais de celui de vivre sa citoyenneté et de partager un projet commun de société. Il faut savoir que le SEL fonctionne avec beaucoup de valeurs anti-capitalistes. C’est une sorte d’action de vivre autrement et sans argent.
Alors que les SEL français présentent une occasion originale et différente de vivre les rapports sociaux de sexe , notamment à travers la valorisation du temps des femmes et l’accès des femmes à un nouveau temps citoyen et d’action publique , Catherine Lenzi fait le constat que le SEL est également un lieu où persistent et se renforcent des inégalités de sexe.
Elle illustre son propos d’un exemple d’un important SEL urbain (350 membres), où des prises de pouvoir successives par les hommes organisent encore la division sexuelle du pouvoir dans les instances décisionnelles. Or, cela ne semble pas être le cas dans la majorité des SEL en France où les femmes forment la majorité des C.A. Dans 60% des SEL, on préconise que la valeur de l’échange s’établisse à partir d’un principe qui est : 1h = 1h (une heure de ménage vaut une heure d’informatique). Mais dans le SEL en question, le mode d’estimation des échanges voit la règle du gré-à-gré cohabiter avec la règle de l’égale valeur du temps (1 heure = 1 heure). Ainsi, l’établissement de la valeur, qui procède, d’après ses enquêtes, le plus souvent d’un jeu de négociations, reproduit les conditions du marché.
Catherine Lenzi émet comme hypothèse que dans ces conditions, le travail lorsqu’il est effectué par une femme peut être moindrement valorisé, ce qui peut constituer un frein à l’engagement politique et citoyen des femmes à travers leur présence dans les instances décisionnelles.

Agnès Fatoumata Diaroumeye annonce son plaisir de participer bien qu’elle soit maintenant retraitée mais elle fera tout son possible pour répondre aux questions.
Après avoir fait sa thèse sur les femmes du Niger, elle a été recrutée pour s’occuper des Africaines dans le cadre des Nations Unies. Elle y a consacré 26 ans de sa vie, au service de 53 Etats africains, ayant animé de nombreux programmes.

Agnès Fatoumata Diaroumeye
L’alternative des alternatives, pour moi à cette époque, était d’entrer dans le système et d’essayer de transformer le système de l’intérieur, de donner la possibilité aux femmes d’agir.
Elle cite le cas de la Guinée dont le système était très perfectionné. Nous avions organisé un séminaire de formation aux techniques d’élaboration de projets, c'est-à-dire que les bailleurs de fonds exigeaient des projets écrits pour pouvoir assurer des financements dans les villages. Les cours ont duré 12 jours pour 250 femmes depuis Conakry jusqu’au dernier village guinéen. C’était très exaltant mais on ne sait pas l’usage qu’elles ont pu faire de ces formations. Et puis, voilà que le processus démocratique est intervenu dans toute l’Afrique. On n’a plus un seul parti politique dans la plupart des pays, mais on a plusieurs partis avec des femmes dans leurs rangs. Au Niger, les bailleurs de fonds ont réussi à faire se constituer des groupements de femmes. Elles sont très actives mais elles continuent de travailler dans la perspective et dans la logique du système, parce que c’est de l’argent qu’il faut. Ces femmes travaillent, elles ne sont pas salariées, mais elles sont dans le système monétaire. Par certains côtés, elles renforcent même le système capitaliste international parce qu’elles sont tenues d’ouvrir des comptes bancaires. La banque ne leur fait pas crédit aussi facilement, elles doivent beaucoup économiser pendant que la banque travaille avec leur argent.
Elle constate qu’en Afrique le problème de la pauvreté gangrène la société et affecte l’emprise des actions militantes, à cela vient s’ajouter le problème des guerres : Sierra Leone, Libéria, Guinée… 
Dans ces pays-là, les femmes qui étaient révoltées par la guerre se sont mobilisées mais la guerre étant alimentée par des problèmes économiques très précis, cela les a surpassées. Néanmoins, elles continuent d’essayer de s’organiser dans le cadre de l’Organisation Pan Africaine etc. Mais Agnès Fatoumata Diaroumeye a pris conscience que la chose la plus importante, c’était l’état de destruction, non pas seulement physique, des pays qui sont affectés par les conflits, mais l’état de destruction des personnes. En face, il y a un système de coopération internationale d’assistance qui maintient les efforts à fournir au niveau de l’humanitaire, mais ce n’est pas un apport d’argent qui va permettre de donner soit une formation, soit mettre en place des systèmes de santé ou de production, pour changer la situation. Nous-mêmes, les Africains, les premiers concernés, nous n’arrivons pas à voir comment on peut se réorganiser pour l’instant et faire face à la situation. Chaque fois qu’il y a, où que ce soit, un groupe de femmes ou de femmes leaders qui prend des décisions, mène des actions, le système les absorbe. C’est simplement que les femmes qui ont de l’initiative, et qui réussissent, doivent s’imposer une certaine discipline pour ne pas se laisser distraire du chemin où elles sont engagées
Elle constate la nécessité d’une solidarité entre toutes les organisations de femmes pour la recherche de solutions alternatives. Ce qu’elles ne savent pas, c’est que le système capitaliste marche de telle manière que se battre pour la baguette de pain ou pour le bol de riz : c’est « kif- kif ». Non seulement, il nous faut trouver des alternatives, mais il faut que nous imaginions l’impact de ces alternatives sur les transformations que le système peut avoir à l’échelle mondiale.
La solidarité s’impose aussi avec les hommes, mais trop souvent les femmes cèdent leur place aux hommes, ce que les hommes ne font pas. Nous avons actuellement en Afrique une association de femmes de chefs d’Etat pour traiter les problèmes des femmes. Contre cela, qui peut oser dire quelque chose ? Avec quels moyens ? C’est la femme du chef de l’Etat qui reçoit tous les bailleurs de fonds qui mettent un point d’honneur à donner à son ONG les ressources destinées aux femmes. Les femmes sont trop pauvres pour générer suffisamment d’argent parce qu’elles n’ont pas l’instruction, elles n’ont pas la vision, la compréhension, de la portée du système à l’échelle du monde donc elles subissent le système capitaliste comme il est.
L’espoir pour moi, dit-elle, se trouve au niveau de ces femmes qui dans les villages sont actives pour la transformation de leur société en préservant les valeurs de leur culture.
Au Niger, les élèves ne suivent jamais une scolarité complète et des citoyens qui ont une capacité limitée d’accès à la connaissance ne peuvent concevoir des actions pour transformer leur société. Donc il y a un besoin urgent de redressement, d’établissement d’un pacte social de solidarité pour un meilleur équilibre social.

Marina Galimberti rappelle qu’à la fin du film «Les water mamas », une femme tenait vraiment à dire fièrement : « On nous a aussi demandé maintenant de devenir consultantes à la Banque mondiale » car pour elle, cette valorisation au niveau international était importante, ce que la réalisatrice a respecté en précisant que ces femmes ne sont pas dupes du danger mais que cela leur donne une visibilité et un pouvoir de décision et d’intervention : donc, rester et risquer d’être un instrument des politiques, ou partir et ne pas avoir l’opportunité de négocier avec les autorités ? La question n’est pas facile.

Marina Galimberti
Le film Water Mamas présente plus particulièrement les actions pour l’accès à l’eau potable des femmes de l’association Mama-86 dans un quartier populaire d’Odessa.
La ville d’Odessa, bien connue comme lieu de vacances à l’époque de l’Union Soviétique, depuis la chute de l’Union soviétique et du mur de Berlin, vit une situation de forte crise économique, sociale et culturelle. Cet état de paupérisation et de précarité extrêmes est aggravé par le désengagement de l’Etat, la défaillance des services publiques et une attitude en générale passive des citoyens ; actuellement 70% de ses habitants vivent avec moins d’un dollar par jour.
Marina Galimberti a choisi de montrer dans son documentaire que, malgré cette situation de dépression générale, économique et sociale, des femmes arrivent quand même à mettre en place des initiatives concrètes, qui fonctionnent.
Elle pense qu’aujourd’hui la précarisation nous concerne tous, en Europe de l’Est comme en Europe de l’Ouest, au Nord comme au Sud, et qu’il faut montrer non pas des modèles mais des actions locales, comme possibles voies de changements de la société, en profondeur. C’est pour cela qu’elle trouve intéressant de présenter différentes alternatives côte à côte, pour montrer que si les actions sont chaque fois spécifiques, il y a un même dénominateur commun, qui est l’analyse du système actuel au niveau mondial.
Les films qu’elle nous a présentés donnent la parole aux femmes de la base. Ce ne sont pas des chercheuses ni des expertes en politique, mais des femmes qui s’engagent à prendre en main leur vie à partir d’une mise en commun de leurs expertises de terrain et des conditions de leur existence. La réalisatrice a constaté que les femmes, mêmes très éloignées géographiquement les unes des autres, voulaient connaître ce que vivaient d’autres femmes dans le monde, conscientes que cet échange renforçait leur capacité d’action et d’intervention.
Anne Labit remercie les intervenantes et donne la parole à la salle.
Une première intervenante questionne Agnès Fatoumata Diaroumeye.
Quand vous avez parlé du processus démocratique, dit-elle, vous en avez évoqué plutôt l’aspect négatif comme la concurrence entre sections féminines des différents partis, ou la désorganisation etc. Pourriez-vous nous préciser si ces transformations ont permis l’émergence de mouvements autonomes de femmes ? Est-ce qu’en utilisant les ressources financières des institutions nationales, des groupes de femmes ont réussi à monter des projets qui leur ont donné davantage de force, de poids dans l’économie ?
Agnès Fatoumata Diaroumeye répond qu’il y a beaucoup d’ONG de femmes qui fonctionnent mais qu’elle ne peut parler que des ONG au Niger dont beaucoup de personnalités qui ont occupé des postes importants connaissent les créneaux des financements et les attirent. Les femmes intègrent le système et elles finissent par fonctionner comme les hommes, en termes d’action. Maintenant, il est difficile de généraliser.
Quant au poids dans l’économie, il y a des individualités qui engagent des actions. Mais, dit-elle, avec l’ONG MAPADEV, elle ne pouvait pas acheter une machine ou un fax hors taxes, car il fallait que l’organisation soit parrainée par une ONG internationale ou occidentale, donc pas d’autonomie. L’action était limitée. Pourtant il y a des ONG qui ont beaucoup d’argent. L’ONG se confondant avec l’individu ou un groupe d’individus, cela devient l’affaire du groupe. Les femmes se sont spécialisées, pour un bon nombre de cas, dans le détournement de ressources qui sont destinées aux femmes à la base. Elle-même a expérimenté le cas de la Banque mondiale, qui a décidé de donner 400 000 dollars aux femmes du Niger pour le développement des programmes des femmes. Agnès nous met au défi de trouver une seule action concrète qui ait été menée, que ce soit en ville ou à la campagne, sur ce fonds-là. Elle explique cela par le fait de la pauvreté. Les gens sont tellement pauvres qu’ils se disent « Bon, j’ai trouvé le filon, donc je vais le garder ». Sa position est un peu pessimiste. L’intégrisme, ou plutôt l’interprétation des valeurs coraniques, on les jette à la tête des femmes qui ne sont pas sûres d’elles-mêmes et qui n’ont pas encore suffisamment d’expérience ou suffisamment de courage politique pour envisager des initiatives comme ça. 
Des initiatives de groupes existent, comme la marche des femmes qu’on a célébrée pour reconnaître la place de la femme, la participation de la femme… Mais cela s’arrête là. Ce sont des actions d’éclat, mais après il n’y a pas de continuité dans la solidarité et dans l’action. Pour l’ensemble des pays africains, l’élan pour la promotion des femmes et le renforcement des activités des femmes connaissent maintenant une baisse. Il faut rassembler les données, les diffuser, et les femmes doivent continuer à se regrouper pour agir pour elles-mêmes d'abord !
Une deuxième intervenante pense que toutes ces organisations comme les SEL sont des rustines pour combler tous les méfaits du chômage et de la misère. Pendant ce temps-là, ces messieurs qui dirigent les grands trusts mondiaux, les banques, continuent de plus en plus à affamer le monde. Elle ne voit pas, à partir de ce qui existe, quelles solutions concrètes pourraient contrer cette domination qui règne sur le monde. Elle remarque que même au niveau du Forum Européen, les femmes ont été exclues.
Catherine Lenzi répond que les SEL existent aussi dans d’autres pays du monde. Elle cite l’exemple de l’Argentine où les SEL sont nommés les Trocs. Pendant la crise argentine, ils sont devenus une alternative au système et ont constitué un moment une réelle économie alternative.
Aujourd’hui, on peut craindre une récupération de certains SEL dans des logiques marchandes, c'est le cas des "Systèmes Monétaires Complémentaires" (mixité financière entre la monnaie sociale et la monnaie officielle).
Ces expériences, selon Catherine Lenzi, pourraient faire le jeu des économies néo-libérales. Elle estime que ces alternatives ne répondent pas vraiment au problème et ne font que renforcer le système actuel en le complétant seulement.
Agnès Fatoumata Diaroumeye explique qu’au Cameroun les « Tontines » étaient parvenues pratiquement à mettre en place une banque où les paysans, les agriculteurs, les producteurs de cacao, de café, etc., allaient déposer. Des femmes productrices et entrepreneures ont mobilisé de grandes fortunes, mais une fois de plus, le système a mis la banque par terre. On a emprisonné des gens, sur des motifs vagues, c’est pour cela que des actions de ce genre-là ne peuvent pas réussir isolées.
Il faut créer des courants d’information, d’action solidaire parce que ce qui est grave dans le monde actuel, c’est que l’information ne circule pas.
D’autre part, la société est masculine et capitalistique, déclare-t-elle. En Afrique et dans le Tiers-monde, on a le dos au mur pour essayer de résoudre les problèmes gravissimes de pauvreté. C’est pourquoi elle essaie d établir des relations entre les femmes de Levis et les femmes de SEWA et en Amérique latine, les femmes colombiennes, etc., ne serait-ce que par le film, pour avoir du courage et se dire « Ailleurs aussi, on peut faire quelque chose. » ; il ne faut surtout pas désespérer
Marina Galimberti ajoute que bien qu’on soit dans une situation extrême, il y a de plus en plus de poches de résistance qui amplifient la lutte.
Imaginer qu’on peut changer les choses est déjà une pensée par elle-même révolutionnaire, mais un des dangers très forts est justement qu’une alternative peut être très vite recupérée. Pour moi, affirme-t-elle, (l’) intégration et (l’) exclusion font partie de la même politique.
Par ces documentaires, elle cherche à relier les actions des femmes dans le monde, dans une logique d’échange, de solidarité, de mise en commun, de réflexion collective. Il faut, dit-elle, continuer à agir, partager, avancer, faire passer toutes les informations donnant plus de visibilité aux pratiques des femmes. Résister aux politiques capitalistes et patriarcales, tout en créant sur le terrain des conditions de vie différentes, demande une vigilance et une disponibilité continuelle, et il faut beaucoup de courage pour cela.
Une troisième intervenante remarque qu’à propos de l’action des « Tontines » et d’autres, il a fallu des années pour qu’on réalise que des actions extrêmement importantes ont réussi pour les femmes, et uniquement par des femmes. C’est vrai qu’il est difficile de lier des actions locales à l’action, à la réflexion et à la remise en question internationales. En Afrique du Sud, lors du sommet de Johannesburg, une concertation sur la bio-piraterie a été organisée par un grand nombre de femmes, mais uniquement par des femmes. Beaucoup d’entre elles sont quand même très impliquées à des niveaux différents dans des luttes actuelles qui concernent l’environnement et c’est aussi ce type de solidarité qu’il faudrait développer. 
(1) Jérôme Blanc (2001) : « Les systèmes d’échanges locaux », in Economie solidaire et démocratie, Hermès, CNRS éd. 2003, 2004
(2) Constat opéré dans différentes recherches : Catherine Lenzi (travaux de DEA 99), "Une économie sans argent, les systèmes d'échange local", ouvrage écrit avec JM Servet, D. Bayon, J. Blanc, I. Guérin, G. Malandrin et D. Vallat. Paris : Le Seuil, 1999
Monique Cazeaubon a rédigé la synthèse de la table ronde et Christilla Marteau d'Autry a effectué la transcription.
Les photos ont été réalisées par Sinh Doan.
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