Femmes en résistance  
     
 
     
 
   
   
   
   
   
   
   
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  Edition 2004   >>  Débats  
 

Première table ronde :
Les femmes et le travail, entre inégalités et révoltes.

 
 

Deuxième table ronde :
Les femmes et l’économie, entre injustice et révolution.

 
     
 

 

Première table ronde :
Les femmes et le travail, entre inégalités et révoltes.

Table ronde avec la participation de Mayant Faty, Nathalie Guillemain et Isabelle Raynaud et animée par Séverine Lemière (association Résistances de femmes).

 

 Introduction de la discussion et présentation des intervenantes par Séverine Lemière :

Après la projection des films, elle rappelle les différents types de luttes des femmes.

D’un côté, il y a des luttes pour l’emploi, pour garder son travail, pour de meilleures conditions de travail et pour l’égalité entre hommes et femmes et de l’autre des débats qui remettent en cause l’idée que c’est par le travail qu’on peut avoir une source de revenus.

On est partagé entre la condition des femmes qui travaillent pour gagner leur autonomie, pour sortir de l’aliénation du familial et du domestique, et parallèlement à cela le fait de subir par le travail une autre forme d’aliénation ; celle du capitalisme.

Les films ont montré les menaces des délocalisations et les chantages à l’emploi dans des pays où les conditions de travail sont encore plus défavorables et les salaires encore plus bas. Dans toutes ces luttes, la place des syndicats est souvent controversée pour la défense des femmes.

Pour discuter de ces luttes au travail, trois intervenantes :

  • Mayant Faty, meneuse de la grève des femmes de ménage de Arcade, groupe des Hôtels Accor. Un collectif s’est créé pour la soutenir.
  • Nathalie Guillemain est déléguée syndicale CGT, membre du collectif CGT femmes mixité, et membre de « femmes solidaires ».
  • Isabelle Raynaud du groupe « AC !» (Agir contre le Chômage) du Havre.

Séverine Lemière, Mayant Faty, Nathalie Guillemain, Isabelle Raynaud
De gauche à droite : Séverine Lemière, Mayant Faty,
Nathalie Guillemain, Isabelle Raynaud

Mayant  Faty:

Elle précise qu’elle vient du Sénégal et que Faty est son nom de famille. Lorsqu’elle arrive avec son mari, elle a 20 ans. Ses deux enfants ayant un peu grandi, elle commence à travailler chez Arcade. Au bout de quelques mois, elle accuse la fatigue d’un travail harassant car le contrat d’embauche annonçait 5 heures de travail pour faire 15 chambres, mais bientôt on exige le ménage de 20, 30, et parfois même 35 chambres. Mais elle et ses collègues sont tellement é puisées qu’elles n’ont pas la force de se révolter.

En 2001, un délégué CFDT ne réussit pas à diminuer les cadences de 3,5 chambres à l’heure mais obtient une prime de 1000 francs par an, il sera licencié.

Mayant Faty devient déléguée syndicale. Les femmes de ménage lui exposent le problème du nombre de lits qui augmente dans les chambres à faire pendant l’été, ça multiplie le travail, ce que les patrons refusent de comprendre. Mayant Faty

Au mois de mars 2002, elles déclenchent une grève qui va durer un an. Les Hôtels Accor se dérobent en disant que le responsable est Arcade (l’employeur officiel). Jusqu’au mois de Juillet, elles sont 27 à tenir, mais pour des raisons financières certaines vont renoncer.

Impossible de dialoguer, les négociations cassent. L’employer a fini par accepter de baisser les cadences et de réintégrer 8 personnes qui avaient été licenciées pendant la grève.

En août 2003, Mayant Faty soutient un mouvement dans un autre site et se trouve obligée de justifier ses activités syndicales, finalement la plainte est retirée.

Mayant Faty

Mais en février, puis mars 2004, après de nouvelles élections syndicales qui lui sont favorables puisqu’elle est élue déléguée du personnel et représentante syndicale, elle va être licenciée de la société Arcade par l’Inspection du Travail, accusée d’un dépassement de ses heures de délégation.

Aujourd’hui, Mayant Faty se bat avec un collectif de soutien (réunion à Paris au CICP, 21ter rue Voltaire, à partir de 18h30, tous les mercredis) pour obtenir sa réintégration et pour continuer ses activités syndicales.

 Nathalie Guillemain :

Voici dit-elle, un exemple montrant que le patronat est de plus en plus agressif et qu’il ne tolère pas du tout que les salariés se révoltent ou se défendent.

Etant déléguée syndicale, elle constate que le mouvement syndical a été créé par des hommes pour des hommes, c’est pourquoi il est très difficile pour une femme d’obtenir que l’organisation syndicale s’occupe des questions d’égalité. Elle a participé aux négociations de la loi de 2001 sur l’égalité professionnelle qui dans les faits n’est toujours pas appliquée en France.

Aujourd’hui, 47% des salariés sont des femmes dont 85% travaillent dans de petites entreprises sans syndicat. Elles subissent le temps partiel, le travail précaire et la surexploitation. Elles sont les premières victimes des délocalisations.

Beaucoup de femmes sortent diplômées des universités mais l’éventail de leurs professions est beaucoup plus étroit que celui des hommes et elles ne trouvent pas d’emplois. Il faut revoir l’orientation des filles dès l’école afin que tous les métiers leur soient accessibles.

 Séverine Lemière ajoute que les emplois à prédominance féminine sont souvent sous-valorisés.

Nathalie Guillemain explique que dans son entreprise la population masculine est à 80% ingénieur cadre, elle s’est battue pour que le taux de femmes augmente mais l’employeur a dit qu’il ne trouvait pas assez de main d’œuvre féminine qualifiée.

Les salaires féminins sont en moyenne 25% inférieurs aux salaires masculins.

Séverine Lemière déclare que ce ne sont pas seulement les filles qui doivent exercer des emplois à prédominance masculine mais qu’il faut aussi revaloriser les emplois dans lesquels les filles sont déjà.

 Isabelle Raynaud intervient et affirme que certains secteurs sont quasi exclusivement féminins : 77% pour les professions intermédiaires de santé et du travail social et une majorité de femmes dans l’enseignement. Il y a des emplois (personnels de service, ménage... 80% de femmes) qui sont considérablement dévalorisés et sous- payés.

Isabelle Raynaud
Isabelle Raynaud

 Séverine Lemière ajoute que presque tous ces emplois sont dans le prolongement de l’activité familiale et domestique. Il faut exiger la mixité des emplois et valoriser ceux déjà occupés par les femmes.

Isabelle Raynaud précise qu’elle intervient en son nom propre et qu’elle ne représente pas aujourd’hui l’association « Agir contre le chômage ». Elle ne veut pas opposer la lutte contre la précarité des femmes au travail avec la lutte pour le revenu garanti.

Elle veut en terminer avec le discours qui prétend que : « le travail est une valeur ». A son avis, il faut concevoir un revenu déconnecté du travail pour toutes et tous. L’idée, c’est en fait, de donner à tous un revenu garanti, situé au niveau du SMIC, et qui serait inconditionnel, c’est à dire sans contrepartie de travail ou d’insertion et en même temps, mener un combat pour travailler dans des conditions décentes et sans chantage sous prétexte qu’il y a 4 millions de chômeurs.

Le revenu garanti est un combat contre la pauvreté. C’est un élément important pour sortir les chômeurs de la culpabilisation perpétuelle. Beaucoup de femmes dans une situation extrêmement précaire sont radiées de leurs droits.

Le revenu garanti pourrait permettre de choisir et d’affirmer que la vie ce n’est pas seulement le travail, surtout lorsqu’il est aliénant ou qu’il impose un lien de subordination comme nous l’ont montré les films visionnés. En revanche, elle souhaite que l’on reconnaisse l’existence et la nécessité d’activités qui ne sont pas une force de travail mais des activités créatrices de lien social.

Séverine Lemière met en évidence que d’une part, rémunérer les activités familiales peut être une source de revenus et de reconnaissance de cette activité invisible mais d’autre part cela exclut les femmes du choix d’un travail salarié.

Isabelle Raynaud souligne qu’il s’agit aujourd’hui d’assurer la garantie d’un revenu tout au long de la vie. Du coup, le projet PC – CGT appelé « sécurité-emploi-formation » peut être l’objet d’une intéressante réflexion.

Mayant Faty rappelle que les travailleurs sans diplôme sont souvent employés à temps partiel. En réalité, il s’agit souvent d’un temps partiel imposé, pour 6 heures rémunérées les personnes travaillent réellement 7 à 8 heures. 

Séverine Lemière confirme que pour des raisons d’organisation familiale, les femmes sont socialement contraintes au temps partiel.

Isabelle Raynaud pense que les emplois CES/CEC, essentiellement tenus par des femmes sont des temps partiels forcés dont les rémunérations très faibles maintiennent les femmes dans une grande précarité.

Une intervenante dans la salle a noté que la délocalisation ne concerne pas seulement l’Europe mais que les pays asiatiques sont également touchés. Elle propose l’instauration d’un salaire minimum de base mondial afin que tous sur la planète puissent vivre décemment. Mais malheureusement, elle constate qu’au contraire les revenus des patrons augmentent tandis que ceux des travailleurs diminuent.

Elle signale aussi les difficultés des jeunes de familles modestes qui sont obligés de travailler en même temps qu’ils suivent leurs études.

Elle s’interroge sur le moyen de diffuser plus largement les observations, les témoignages, les chiffres, les conclusions tirés de cette rencontre « Femmes en résistance 2004 » afin que les gens puissent prendre conscience de tous ces problèmes.

Si on ne lutte pas tous ensemble dit-elle, on n’arrivera jamais nulle part.

 Nathalie Guillemain s’interroge sur la possibilité d’un salaire de base pour tous quand la mondialisation permet aux grands trusts et aux banques d’affamer une partie du monde afin de surexploiter les plus misérables.

Mais l’association « Femmes en Résistance » a deux combats à mener : lutter non seulement contre la domination capitaliste mais aussi contre la domination des hommes sur les femmes. Mais il ne suffit pas de renverser le capitalisme pour que la situation des femmes s’améliore.

Elle répète que les femmes doivent aussi se battre pour avoir une place dans les instances syndicales.

 Une deuxième intervenante dans la salle demande pourquoi le personnel chez Accor n’était-il pas payé au SMIC et pourquoi les salaires régressent-ils en Allemagne ?

Nathalie Guillemain répond que la nouvelle convention européenne autorise les patrons allemands à employer une main-d’œuvre étrangère qui ne dépend pas des lois allemandes et elle craint que cette pratique, qui est comme une sous-traitance, se généralise.

Une autre intervenante cite l’exemple d’employées qui font un travail particulièrement fatigant visuellement, de ce fait elles ne peuvent assurer que 28 heures et leur salaire mensuel est inférieur au SMIC. Comme beaucoup d’autres salariés, elles sont surexploitées. 

Isabelle Raynaud s’exprime sur les délocalisations. Elle pense que accepter une dégradation des conditions de travail ou une diminution des salaires pour éviter une délocalisation, c’est totalement contre productif. C’est extrêmement complexe car aucune instance ne régule ce qui est en train de se passer dans le cadre de la mondialisation.

Une quatrième intervenante souhaite revenir sur deux points.

D’abord, il ne faut pas négliger au niveau syndical de penser « à travail de valeur égale, salaire égal ». Elle relate l’application de cette loi dans les champignonnières, le juge ayant estimé que le travail des femmes triant les champignons était de valeur égale à celui des hommes qui portaient les caisses et chargeaient les camions. Elles ont ainsi obtenu la revalorisation de leurs salaires, alignés sur ceux des hommes.

De plus, elle veut inciter tout le monde à investir le champ syndical pour se saisir de ces problèmes.

Deuxièmement, elle assure que le temps partiel, c’est le piège absolu qui s’est développé à la demande des entreprises intéressées par la flexibilité et encouragées par des politiques libérales. Une réelle amélioration des conditions de vie des femmes employées à temps partiel serait possible si le temps était réellement « choisi ». Il faudrait pour cela développer les crèches dans le cadre professionnel, dans un cadre de service public et pourquoi pas gratuit, avec des emplois qualifiés, revalorisés, qui seraient mixtes.

Nathalie Guillemain demande à partir de quel moment peut-on dire que différents types de travail sont de même valeur ? De plus, les qualités que l’on exige des femmes ne sont pas forcément naturelles mais plutôt acquises par un travail spécifique. Le travail à valeur égale est donc une notion très difficile à appréhender.

 

Monique Cazeaubon a rédigé la synthèse de la table ronde et Christilla Marteau d'Autry a effectué la transcription.
Les photos ont été réalisées par Isabelle Marchand.

 

 
 
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