Femmes en résistance  
     
 
     
 
   
   
   
   
   
   
   
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  Edition 2003   >>  Thématique  
 

Femmes en résistance,
hier et aujourd’hui, ici et là-bas

 

 
 

Thématique de la rencontre

 
 

 

Les femmes ne sont pas reconnues comme des façonneuses de l'histoire. En particulier, leur absence est quasi systématique dans la relation de la guerre, ce grand moteur de l'histoire telle qu'elle s'écrit dans les manuels officiels. Si l'on évoque les femmes dans ce cadre, ce n'est que pour souligner à quel point celles-ci en sont les victimes. De fait, les femmes, avec les enfants, sont les principales victimes de la guerre telle qu'elle se pratique aujourd'hui. Lors de la première guerre mondiale, 80% des victimes furent des soldats ; ce chiffre tombe à 50% lors de la deuxième guerre mondiale. La guerre du Vietnam fait 80% de victimes civiles. On estime à 90% le chiffre de victimes civiles - essentiellement des femmes et des enfants - occasionnées par les conflits actuels (1) .

Ces conflits changent de nature : « les milices privées, les paramilitaires, les escadrons de la mort ont remplacé les armées gouvernementales dans leur oeuvre de mort et la conduite des guerres ; les guerres civiles ont succédé aux guerres internationales (2) » . Ces conflits sont particulièrement violents pour les femmes : assassinats, famines, déplacements à l'intérieur ou hors des frontières, viols, prostitution, .

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et la riposte militaire en Afghanistan à laquelle ils ont donné lieu, le monde est entré dans une nouvelle phase de son histoire guerrière. On nous annonce une guerre d'un genre nouveau. celle là, comme toutes les autres, portera - porte déjà - son lot de victimes civiles, au premier rang desquelles les femmes (3). Mais il est une place qu'occupent les femmes dans la guerre, dont on ne parle pas et à laquelle est consacrée notre manifestation : celle de la résistance. De tous temps, les femmes ont résisté ; soit en prenant elles-mêmes les armes, soit en proposant d'autres formes de lutte. Cette place active des femmes dans la guerre - cette capacité à ne plus subir mais à s'approprier leur destin - est mal connue.

Femmes en résistance : l'occasion d'une autre vision du monde

Cette manifestation de deux jours vise à tisser des liens entre celles qui ont résisté hier à la barbarie fasciste/nazie ou colonialiste et celles qui résistent aujourd'hui à de nouvelles formes de violences institutionnelles ou terroristes. Nous souhaitons, tout d'abord, rendre hommage au courage de toutes ces femmes ignorées des livres d'histoire, qui se sont battues dans les guerres de libération et/ou de révolution nationales du XXème siècle en Russie, en France, en Espagne, en Algérie, au Zaïre, au Zimbabwe et ailleurs. Quelles leçons tirer de leurs justes combats à l'heure où les conflits se multiplient à la surface de la planète, menaçant de nouveau de dégénérer en conflagration mondiale ? Y a-t-il un rôle spécifique des femmes dans la guerre ? Leur combat est-il forcément celui des hommes ? Combat par les armes ou combat par la parole ? Comment résister à l'enchaînement sans fin des violences ? Comment ne plus être broyées dans des guerres qui ne sont pas les nôtres ?

Aujourd'hui, partout dans le monde, des femmes résistent à de nouvelles violences : guerres civiles menées au nom d'intégrismes religieux ou laïques, comme en Afghanistan ou en Yougoslavie ; opérations mercenaires visant à défendre des intérêts privés, comme en Colombie, au Congo ou au Rwanda ; conflits proche-oriental ou algérien qui n'en finissent pas de tuer.. Aujourd'hui, comme hier, les initiatives des femmes pour faire valoir d'autres solutions sont ignorées. Qui connaît le combat des Femmes en noir contre la guerre de Belgrade ? Ou celui de la Coalition des femmes pour une paix juste rassemblant des Israéliennes et des Palestiniennes ? Ou bien encore celui de l'organisation de femmes « La route pacifique » en Colombie ? Que sait-on des femmes qui résistent à la violence armée en Corse, en Kabylie, au Congo-Brazzaville et ailleurs ? Si les femmes ne sont pas des faiseuses de guerre, pourraient-elles, enfin, devenir des faiseuses de paix ?

Pour la première fois de son histoire, le conseil de sécurité de l'ONU a reconnu la centralité du rôle des femmes en matière de maintien et de consolidation de la paix (réunion des 23 et 24 octobre 2000). Un séminaire organisé par la Division de l'Egalité du Conseil de l'Europe a eu lieu à Strasbourg les 20 et 21 septembre 2001 sur le thème des mobilisations des femmes pour faire cesser les conflits. Une conférence ministérielle sur ce thème aura lieu à Skopje en mai 2002.

Notre manifestation souhaite s'inscrire dans ce vaste mouvement, en relayant les initiatives des femmes pour la paix au travers de la présentation de plusieurs films, des interventions de militantes, d'un forum d'information et d'une exposition. Ces initiatives doivent être plus largement connues, pour espérer un jour parvenir à couvrir le bruit des canons, dont se font l'écho les médias officiels.

Femmes en résistance : l'occasion d'un débat d'idées féministe

Au-delà de cet objectif de relais d'une autre vision du monde, notre manifestation se veut un lieu de débat. Celui-ci pourrait être structuré autour de deux thématiques : - les enjeux et les risques d'une participation des femmes aux luttes de libération armées ; - les propositions des femmes en matière d'alternative à la violence des sociétés militaro-patriarcales.

Un retour sur les guerres du passé devrait nous permettre d'aborder plusieurs des questions liées à la première thématique. Quelles furent les hésitations des femmes face au recours à la violence des armes ? Ont-elles proposé d'autres façons de combattre l'oppression fasciste/nazie ou colonialiste ? Qu'espéraient-elles de l'aboutissement de ces luttes de libération nationale ? Quelle fut la reconnaissance de leur combat après-guerre ? En Europe, en Afrique et ailleurs, les femmes qui avaient acquis un statut d'actrices publiques en temps de guerre ont été systématiquement reléguées à la sphère privée dans la période d'après-guerre. Dès lors, ne peut-on penser que toutes les guerres de libération et de révolution, auxquelles les femmes avaient participé aux côtés des hommes, ont échoué dans leur projet de réforme de la société ? Les femmes doivent-elles encore participer à des luttes de libération qui restent patriarcales dans leurs principes (utilisation de la violence armée, hiérarchie de type militaire, etc.) ?

Toutes ces questions, trop rarement posées, méritent pourtant de l'être, quelle que soit la justesse des combats menés ; on pense en particulier à la sympathie que suscite à l'heure actuelle le mouvement de libération zapatiste, y compris auprès des féministes . La deuxième thématique nous conduira à envisager les alternatives à la violence des hommes que peuvent proposer les femmes. La violence militaro-patriarcale n'a rien de « naturel » ; elle est bien un construit social, qui peut donc être déconstruit. Il est pour cela nécessaire de comprendre les liens qu'entretiennent les violences masculines privées et les violences guerrières, ou encore ceux qui unissent la production et le commerce des armes ici et le pillage des richesses naturelles et les violences guerrières là-bas. Dans quelle mesure les femmes, en se soumettant à la dichotomie des identités de genre (virilité versus féminité) se font-elles les complices de la perpétuation de la violence privée et publique ? Quelles solidarités sont-elles possibles entre les luttes féministes de résistance à la militarisation ici et les luttes féministes de résistance à la guerre là-bas ? Des hommes peuvent-ils participer à la libération des femmes et à la fin de la société militaro-patriarcale ? Quelles alliances stratégiques le mouvement féministe peut-il construire avec le mouvement pacifiste ? Le féminisme peut-il être le creuset d'autres luttes de libération (mouvements des sans-terre ou des sans-papiers, mouvement de libération homosexuelle et trans-genre, etc.) et d'autres combats contre les discriminations (racisme et antisémitisme, classisme, âgisme et handiphobie, etc.) ?

Les films présentés et les interventions d'historiennes, de sociologues, de militantes politiques en tables rondes nous permettrons de débattre et d'avancer des réponses à toutes ces questions.

 

(1) Pettman, Jan Jindy, Worlding Women. A Feminist International Politics, Routledge, 1996.
(2) Michel, Andrée, « Les femmes et la guerre à la veille de l'an 2000 », www.penelopes.org, 1999.
(3) Ce texte a été écrit à la fin de l'année 2001. Depuis, un « nouveau concept » a fait son apparition en Irak : celui de « guerre préventive ».
(4) Voir Falquet, Jules, « Mercedes Olivera et Ximena Bedregal : un dialogue de féministes mexicaines à propos de la lutte zapatiste », Nouvelles Questions Féministes,n°2, Vol. 18, 1997.

 

Par Anne Labit, Sociologue, Université d’Orléans
Présidente de l’association «Résistances de femmes»

 

 
 
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